Mgharba fiddam

02 juillet 2007

Maghreb uni

Historiquement, ethniquement, culturellement, économiquement, tout porte à penser que les peuples du Maghreb forment une seule entité. Seulement, à voir la politique de la région, un seul maître mot la gouverne, la division. Pourquoi? La réponse à cette question est limpide. Les Etats de cette région du monde ne sont que le fruit d'un héritage colonial qui a tout fait pour créer la discorde. Amazighité vs Arabité, Islam vs laïcité, Francisants vs Arabisants, "modernité" vs identité, des faux problèmes concoctés soigneusement dans les officines de la pensée unique, hégémonique qui veut perpétrer le pouvoir colonial par le biais de "républiques bananières" à la solde des puissants. Pourtant, entre les peuples de la région, rien ne montre que ses divisions existent dans la réalité. Un oranais se sent chez lui à Casablanca, un tunisois à Alger passe inaperçu, un r’bati à Tripoli se fond facilement dans le décor, et cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Pourtant, à entendre les discours officiels, on a l’impression que le peuple maghrébin, malmené par les tribulations de l’histoire, a plusieurs identités, des sentiments nationaux distincts les uns des autres, des référentiels culturels différents.

A-t-on oublié que le combat mené contre le colonialisme dans la région était commun ? A-t-on oublié que la jeunesse maghrébine de l’époque rêvait d’un «Grand Maghreb» uni et pluriel ? A-t-on occulté la mémoire d’Abdelkrim, de Farhat Hachad, d’Omar El Mokhtar, de Messali El haj, ou encore d’Abbas Lamsaâdi ? Celui qui oublie son passé est condamné à le revivre...

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26 juin 2007

Conformisme et médiocrité

« Il n’y a que le diable qui sort de la ‘jamaâ’ ! », cet adage populaire semble bien rendre compte de l’état d’esprit dans lequel nous vivons au Maghreb. Avec une telle mentalité, toute créativité, toute individualité, tout sens de l’initiative sont forcément réprimés. Des adolescents qui veulent sortir des sentiers battus et adoptent un mode de vie décalé, on a vite fait de les diaboliser et de les traiter de tous les noms. C’est juste qu’ils aient voulu exprimer leur différence. Cela ne fait pas d’eux des criminels et pourtant... Rappelez vous un certain février 2003.

Pourtant, à regarder nos pays de plus près, la seule vérité qui en ressort c’est la diversité de ses composantes. Sans respect de l’autre, aucune vie sociale n’aurait été possible au Maghreb. Le problème, c’est que la notion d’individu dans nos sociétés n’est prise que dans sa connotation négative. Alors que sans elle, toute innovation serait perçue comme une folie. Ce n’est vraiment pas cela qui va nous faire avancer !

Sous d’autres cieux, la créativité vaut son pesant d’or. Pourvu que vous ayez une idée originale, les investisseurs vous courront après pour en acheter les droits. Ici par contre, vous pouvez frapper à toutes les portes possibles et imaginables pour commercialiser votre invention, invariablement, la réponse sera : « Repassez demain, on verra ce qu’on peut faire... ». Notez que pour créer un énième café le langage des banquiers serait bien différent ! Quand est-ce que nous allons comprendre que sans nos penseurs, nos inventeurs, nos artistes nous ne pouvons espérer que d’être des suiveurs...

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De la politique culturelle

Des festivals, des festivals et encore des festivals ! C’est ainsi que se passe «la vie culturelle» au Maghreb. Des artistes qui viennent de partout, payés en devises fortes, pour donner des spectacles éphémères. Des budgets faramineux pour faire la fête... et rien d’autre ! C’est cela que nous appelons politique culturelle dans notre pays ! Le fait d’avoir cette profusion d’événements n’est pas une mauvaise chose en soi, seulement il est difficile de croire que nos décideurs se soucient réellement de la culture. Et pour cause, en dehors des grandes agglomérations «urbaines», l’infrastructure culturelle est pratiquement inexistante. Bibliothèques de quartier ? Connaît pas ! Cinémas de quartier ? C’est quoi ça ? Maisons de jeunes ? Ce ne sont pas ses bâtisses ringardes et malodorantes qui ne servent à rien ? Théâtres privés ? C’est une vision de l’esprit !

Animation culturelle dites-vous ? Mais pourquoi les «complexes culturels» n’emploient pas les nombreuses promotions d’animateurs ? Leurs congénères comédiens, scénographes, metteurs en scène, n’ont pas eu plus de chance !

Le Maghreb est un pays d’artistes dites-vous ! Pas d’écoles de Cinéma, pas d’école supérieure de musique, pas d’école d’arts plastiques digne de ce nom et j’en passe... Lorsqu’il s’agit de littérature et d’édition c’est tout simplement la misère, mis à part une foire annuelle qui rappelle drôlement la logique des festivals ! Les ministères de la «culture» au lieu de soutenir les petits éditeurs, se substitue à eux !? La musique quant à elle, ne possède pas de véritable marché, à part les étals de CD piratés. Faut-il rappeler que le théâtre comprend plus de quinze métiers différents, le cinéma plus de cinquante, la musique plus d’une vingtaine, l’édition plus d’une dizaine... Et avec ça on ose parler de chômage ? A méditer...

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Des industries de la culture

Lorsqu’un peuple veut se démarquer des autres, il tient toujours à mettre en avant ses penseurs, ses créateurs, ses artistes qui font son identité au quotidien. Autour de cette production culturelle, les Etats qui se respectent arrivent à construire tout un secteur économique. Il en ressort des livres, des films, de la musique, des œuvres d’art plastique, des bandes dessinées mais aussi des produits plus High-tech.

Au-delà du fait que toute production intellectuelle participe à l’ancrage de l’identité du citoyen d’un pays donné, elle peut devenir une excellente alternative pour faire face aux nombreux maux de notre société. Le chômage et l’exclusion en premier. L’idée c’est de pouvoir concevoir un système qui à la fois assure l’infrastructure de production, le marché, la promotion et le réseau de distribution de telle sorte à ce que la boucle soit bouclée.

Allez demander un crédit pour faire un film... On vous rira au nez, c’est inévitable ! Et à juste titre car les conditions pour que ses produits intellectuels puissent fonctionner économiquement n’existe pas ! Un point c’est tout.

Je me demande si les responsables de la chose culturelle au Maghreb arrivent à regarder ce que les autres font pour que leur culture soit génératrice de richesse. Surtout en ces temps globalisation qui menace la diversité culturelle. « Nous n’avons pas de pétrole mais nous avons des idées ! » disaient les français. Nous nous évertuons à les singer en tout, essayons de le faire une fois dans le bon sens...

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Patrimoine en dérive

Les anciennes médinas, c’est toute l’histoire de notre pays, ce sont les vestiges d’un passé fastueux, d’un art de vivre dont nous avions le secret. Notre identité et notre sentiment d’appartenance au Maghreb nous viennent de ces ruelles sinueuses, de ces souks, de ces mosquées, de ces medersas, de cette architecture,  de cet artisanat, de ces couleurs... Seulement, qu’avons-nous fait pour conserver cet héritage si précieux ?

On a surpeuplé, dénaturé, délaissé, détruis la plupart des demeures qui traduisaient le génie maghrebin dans la conception d’une vie à la fois urbaine et en phase avec la nature. Le dernier assaut que nous avons commis à l’encontre de ces trésors de notre civilisation, c’est de donner l’occasion à des étrangers de les défigurer pour en faire des maisons d’hôte, très lucratives du reste, sans aucun respect pour l’authenticité.

Certes nous avons pu obtenir que certaines de nos villes soient classées patrimoine de l’humanité, mais qu’avons-nous fait pour les garder en état ? C’est à se demander si nous avons une idée de la valeur de ce que nous possédons !

Pourtant, nous disposons bien d' écoles supérieure d’archéologie, et de directions du patrimoine au sein des ministères de la culture. Nous avons des spécialistes dans la restauration de monuments historiques, nous avons des budgets et des aides de nombreuses organisations internationales. Les médinas continuent de s’effriter doucement, sans faire de bruit, emportant notre civilisation, au gré du vent...

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